Eco-anxiété et autres appréhensions

Ce texte est adapté d’un post Facebook publié le 21 juin 2020. Bonne lecture !

J’écris ces lignes en toute modestie, sans aucune intention particulière 😊
Est-ce que j’écris ces lignes pour insuffler une prise de conscience ou un revirement drastique dans vos modes de vie ? Non, je n’ai pas cette prétention.
Est-ce que c’est une manière de me soulager du poids que je détaille après ? Peut-être… Mais peut-être aussi que je ne me sentirai pas plus léger, j’aurai alors simplement perdu quelques heures.

Je veux vous parler d’éco-anxiété (l’angoisse liée au sort de la planète). Vous savez, c’est cette peur qui fait que des milliers de jeunes font la grève de l’école le vendredi (i.e ils ne voient pas l’intérêt de bâtir leur futur s’ils n’en ont pas). Mais je ne me permettrais pas de parler de l’éco-anxiété des autres, alors je vais faire part de la mienne.

Désolé mais vous allez devoir attendre le dernier paragraphe pour le « Happy end » …😆

Tout a démarré fin 2018. J’ai eu un premier livre entre les mains : « Ça commence par moi de Julien Vidal ». J’y lis noir sur blanc des choses que j’avais déjà entendues : le monde va mal, la quantité de CO2 rejetée dans l’atmosphère est trop importante, on consomme plus de ressources par an que la Terre ne peut nous en fournir. Bref, ce n’est pas foufou. Mais le livre ne s’arrête pas là, il propose 365 actions (1 nouvelle par jour) pour tendre vers du mieux (cf. aussi Mouvement Ca Commence par Moi). On décide alors avec ma femme PM de limiter notre consommation d’eau, d’électricité, de redoubler d’attention lors du tri de nos déchets.

Mais quand on commence à mettre un pied dedans, on lit d’autres livres (Cyril Dion, Aurélien Barau, Maxime de Rostolan, …), on écoute et on regarde d’autres médias. Et là, avalanche d’informations.

Je découvre que la situation est catastrophique.
Je découvre que nous sommes en retard sur les engagements des accords de Paris (dont nous sommes si fiers). Et pire encore, que ces mêmes engagements ne sont pas suffisamment ambitieux pour rester sous la barre des 2°C de réchauffement. En d’autres termes, on s’est fixé des objectifs qui ne sont pas suffisamment ambitieux pour nous sauver du dérèglement climatique et en plus, on ne les respecte pas.
Je découvre que la sixième extinction massive a déjà commencé et qu’il y aura bientôt plus de plastique que de poissons dans les océans.
Je découvre que le permafrost que nous regardons fondre contient des milliards de tonnes de carbone. Carbone qui une fois rejeté dans l’atmosphère participera lui aussi à l’augmentation de la température moyenne de notre planète. Nb : il contient également des virus vieux de millions d’années contre lesquels nous n’avons absolument aucune défense.
Je découvre des prévisions sur réchauffement climatique pour 2030 ou 2100, mais je découvre surtout des faits. Des faits indiscutables, qui se sont produits ou se produisent et que l’on peut observer. Et les faits m’ont fait peur.

On a donc décidé d’agir, on a commencé avec notre aventure zéro déchet. On a vu la taille de nos poubelles diminuer drastiquement (on a d’ailleurs revendu la nôtre pour utiliser une simple poubelle de salle de bain) !
On a décidé d’en parler autour de nous. Mais on s’est vite retrouvé en décalage, on s’est parfois senti compris, parfois incompris. Mais pour faire changer les habitudes, c’est difficile. On a beau prouver par a+b que c’est plus sein, plus économique et pas si chronophage (oui, on a chacun un travail et on fait des tas de choses en dehors de nos courses en vrac), le résultat est minime.

J’ai eu peur quand j’ai compris que limiter mon temps sous la douche et planter des salades sur mon balcon ne suffirait pas. Je me revois, dire à un copain qui préparait une conférence sur le climat pour notre ancienne école : « oublie pas de leur dire d’éteindre leurs appareils en veilles… » Quelle naïveté…
J’ai eu peur quand je me suis senti impuissant, quand j’ai vu que la tâche était trop grande, insurmontable.
J’ai eu peur quand j’ai vu les écologistes se diviser, reprocher à certains d’être trop extrêmes et à d’autres de ne pas l’être assez.
J’ai eu peur quand j’ai constaté l’indifférence de certains et la contre productivité d’autres.
J’ai eu peur quand j’ai vu les limites des marches pour le climat.
J’ai eu peur quand j’ai entendu qu’on critiquait une jeune de 17 ans qui traversait le globe pour alarmer les dirigeants inactifs de ce monde.
J’ai eu peur quand j’ai écouté, à un congrès scientifique, la CEO d’une entreprise (commençant par « Sol » et finissant par « vay ») nous vendre son concept d’économie verte.
J’ai eu peur quand j’ai entendu ce genre de discours : des personnages politiques climato-sceptiques, des personnes qui pensent que notre seul espoir, c’est la conquête spatiale, des scientifiques qui remettent en cause l’influence de l’homme sur le dérèglement climatique.
J’ai eu peur quand j’ai entendu des gens tout miser sur les avancées technologiques, attendant que les Elon Musk ou autres Zuckerberg sauvent le monde. Cette même science que je côtoie au quotidien et que je vois avancer trop lentement (parce que le processus de recherche scientifique est lent évidemment, mais aussi parce que les financements s’amenuisent et se complexifient).

Pour vaincre ces peurs, on a décidé de mettre les bouchers doubles 💪.
Secrètement, on espérait amorcer des changements autour de nous, par l’exemplarité. Au zéro déchet se sont ajoutés d’autres actes.
La prise de conscience vie à vie de la pollution numérique (coucou Netflix et autres plateformes).
On a repensé notre alimentation en luttant contre le gaspillage alimentaire et en mangeant locale et de saisons.
On a considérablement diminué notre consommation de viande (on devait être à 1 repas de viande toutes les deux semaines) (je vous rassure, on se porte très bien =)). Bref, on est des flexitariens endurcis et, à titre personnel, je pense qu’être végétarien est un non-sens (d’un point de vue écologique en tout cas).
On a opté pour un fournisseur d’électricité 100% renouvelable (Enercoop quand on était en France et Buergerwerke maintenant qu’on est en Allemagne).
On a repensé nos moyens de transport, on s’interdit de prendre l’avion, on fait du covoiturage au maximum et on se déplace au maximum à vélo dans notre nouvelle ville.
On a pris conscience que la carte bancaire était un autre moyen de militer et de voter. C’est pourquoi on boycotte les supermarchés (non, on ne tombera pas dans le piège du bio & vrac de supermarché), les entreprises climaticides (coucou Amazon, Coca-Cola, Starbucks, MacDonald, etc.).
On achète au maximum d’occasion (mon dernier achat d’un vêtement neuf doit remonter en octobre…), on répare, on repense ses besoins.
On a transféré une partie de notre épargne de nos banques climaticides vers une banque éthique (la Nef), qui finance de beaux projets (Guide Climat, comment choisir ma banque ? des Amis de la Terre) (Les projets financés en 2019 par la NEF).

Bref, je pense que nous n’avons pas à rougir de notre mode de vie. Mais là n’est pas la question. Je pensais que la peur allait disparaître, mais non elle était toujours là.

J’ai peur en entendant que les individus ne peuvent rien faire et que c’est aux États de se bouger.
J’ai peur en entendant que les États ne peuvent rien faire et que c’est aux individus de se bouger.
Nb : l’état pourrait taxer le kérosène des avions, mais si vous êtes prêt à payer plus cher vos billets d’avion et les bananes que vous importez de je ne sais où, ça n’aura pas d’impact. A l’inverse les actions individuelles ne permettront pas suffisamment rapidement de faire pression sur les entreprises pour qu’elles limitent leur impact environnemental.
J’ai peur en entendant que le problème n’est pas le niveau de vie des Occidentaux, mais le taux de natalité des pays en voie de développement.
J’ai peur d’atteindre la limite des actions individuelles. En faisant un point sur ces dernières avec PM, on a constaté qu’on s’approchait des 26% de réduction d’empreinte carbone théorisée par Carbone 4. La question, c’est que faire maintenant ?

J’ai eu un gain d’espoir avec la crise du Covid et toutes les promesses sur le monde d’après et sur le fait de tirer les leçons du passé. Il semblerait que ce soit remis à après une relance de l’économie.
J’ai peur qu’on ne comprenne pas les réels enjeux et qu’on fasse uniquement des actions par-ci par-là pour se faire bien voir ou pour faire plaisir à ceux qui sont avertis des enjeux actuels.
J’ai peur que l’éducation (enseignement supérieur et autres) ne soit pas au rendez-vous dans le virage qu’on leur demande de prendre.
J’ai peur de participer à des actions de désobéissance civile parce que malheureusement ça se finit trop souvent avec des gaz lacrymogènes.
J’ai peur de perdre espoir dans l’Humanité.
J’ai peur pour mon neveu et mes nièces.
J’ai peur qu’un jour, eux ou mes enfants me regardent dans les yeux et me demandent pourquoi on n’a rien fait alors qu’on savait. Je me vois alors bafouiller une vague histoire de croissance et de relance…
J’ai peur parce que je grandis avec une quasi-certitude que je ne serai jamais grand-père.
J’ai peur que malgré les dizaines d’années à tirer la sonnette d’alarme, les personnes conscientes des enjeux actuels restent les « bobos écolos » en marge de la société.
J’ai peur que les gens encore non informés continuent à se chercher des excuses.
J’ai peur que les gens plus informés n’aient pas la patience d’attendre ou d’accompagner les autres.
J’ai peur d’être encore plus en décalage et de devenir intolérant ou acerbe vis-à-vis des personnes qui se complaisent dans leur inaction. Il faut bien comprendre que pour certains, faire de l’écologie c’est, si et seulement s’ils leur restent suffisamment de sous après avoir payé leur abonnement téléphonique, Netflix, un resto, une sortie, etc. Pour certains faire de l’écologie c’est, si et seulement s’ils leur restent du temps après une journée de travail dans lequel ils ne s’épanouissent pas forcément et après une soirée passée devant la télé. Pour certains, l’écologie n’existent plus quand il s’agit de vacances ou de loisirs. Mais à titre personnel faire de l’écologie c’est mon seul moyen de tendre vers un semblant de bonheur.

Alors je vous rassure, dans l’ensemble, je vais bien 😁😁😁😁. j’ai juste ces peurs qui m’habitent en continu. Elles sont là, en bruit de fond. Certaines peurs sont peut-être infondées, mais elles font partie de moi. Parfois, elles me minent et me tirent vers le bas. Parfois, elles me servent de carburant pour agir et m’investir.

Vivre avec l’éco-anxiété, cela demande d’accepter d’échouer, d’accepter les frustrations et d’accepter de faire de petits écarts de temps en temps.
Vivre avec l’éco-anxiété, cela demande d’accepter d’être parfois à contre-courant.

Alors il faut se battre, il faut s’en sortir.
Il faut profiter des petites victoires, voir que les mentalités changent peu à peu (trop lentement) mais qu’elles changent.
Il faut écouter des gens inspirants, des gens qui ressentent les mêmes craintes (la vidéo « Réveillons-Nous » a fait écho en moi comme jamais; et si, ne serait-ce qu’une phrase de ce texte pouvait faire écho chez quelques-uns alors je n’aurais peut-être pas perdu ces quelques heures) (les documentaires Foutu pour Foutu, En quête de sens ou encore Demain, m’ont beaucoup aidé). En parlant de Foutu pour Foutu il y a ce message à propos des actions individuelles qui magnifie leur importance : « ça va pas changer le monde, mais ça change le mien déjà et je me sens en phase avec ma morale ». C’est pour ça qu’on continue nos actions avec PM parce qu’on est en phase avec nous-mêmes.

J’ai aussi décidé de m’investir plus dans la jeunesse et dans la médiation scientifique (s’il y avait moins de méconnaissance à ce sujet, on réaliserait peut-être plus l’urgence climatique) tout en gardant en tête que cela ne fera peut-être pas de miracle, mais j’aurai essayé et je serai en accord avec la vie que je veux mener.

Il faut reprendre confiance en notre système démocratique et le dépoussiérer. Les interventions d’Eric Piolle, maire de Grenoble me redonnent confiance en la politique. La Convention Citoyenne pour le Climat est une magnifique preuve qu’on peut se réapproprier notre démocratie ! Est-ce que ça aura un impact écologique ? Cela dépendra de notre cher gouvernement, mais comme il mène une politique sociale et environnementale forte, je ne me fais pas trop de soucis 😊

Il faut rêver un monde de demain (un monde post-effondrement (il y a beaucoup de méconnaissance autour de ce mot qui au premier abord fait peur) beau et auxquels on aspire tous (je vous invite à regarder « Un avenir désirable, Horizon 2030« ). L’une des clés pour vivre avec ces peurs, on me la donnée il y a pas longtemps, c’est se recentrer sur l’essentiel, ma « femme aimante », ma « vie socialement épanouie », ma famille (Merci SGR). Il faut vivre autrement !

Ça me touche que vous ayez lu jusqu’au bout 😇. Si vous avez sauté quelques lignes, ce n’est pas grave…

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