L’empreinte carbone, les préliminaires

J’annonce (coup de pied latéral en pleine face), cet article est un peu plus « sérieux » et technique que les précédents. Il a pour but de poser la première pierre à un édifice (je m’emballe disons plutôt une maisonnette ou une chambre sous les toits). Les prochains articles qui vont suivre seront sur le thème de l’empreinte carbone. C’est mon dada depuis quelques années, faire des calculs d’empreinte carbone, m’amuser avec les chiffres, me renseigner sur ce qui se fait à ce sujet. Je le fais à titre personnel mais aussi pour le jeu #MaPetitePlanète (des infos sur le jeu, mon retour d’expérience, le détail de nos calculs avec les bénévoles). Donc l’idée de cet article est de poser les bases avant de partager mes réflexions sur des sujets connexes dans les prochains articles.

Définitions

Commençons par une série de définitions et de mises au point sur de la terminologie (oui j’emploie terminologie pour faire classe et annoncer la couleur).

Les gaz à effet de serre, quèsaco ?

Un gaz à effet de serre (GES) est un gaz absorbant le rayonnement infra-rouge émis par la terre. C’est l’absorption de ce rayonnement qui réchauffe l’atmosphère et qui est responsable du phénomène d’effet de serre. Les GES comprennent donc le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), le protoxyde d’azote (N2O), la vapeur d’eau (H2O) (et oui !) des halocarbures (CxHyFzClt) (c’est dans cette catégorie qu’on retrouve les gaz réfrigérant synthétisés par l’Homme) ou encore l’ozone (O3) [Jean-Marc Jancovici – Cours des Mines n°3 et n°8]. À noter d’ores et déjà que quand on fait de la comptabilité carbone, on ne compte pas les émissions de vapeur d’eau car notre activité humaine n’est pas capable de modifier significativement sa concentration dans l’atmosphère (excepté lors de la combustion du kérosène des avions dans une couche de l’atmosphère faiblement concentrée en eau).

Le principe de la comptabilité carbone

Un gaz à effet de serre (GES) est un gaz absorbant le rayonnement infra-rouge émis par la terre. C’est l’absorption de ce rayonnement qui réchauffe l’atmosphère et qui est responsable du phénomène d’effet de serre. Les GES comprennent donc le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), le protoxyde d’azote (N2O), la vapeur d’eau (H2O) (et oui !) des halocarbures (CxHyFzClt) (c’est dans cette catégorie qu’on retrouve les gaz réfrigérant synthétisés par l’Homme) ou encore l’ozone (O3) [Jean-Marc Jancovici – Cours des Mines n°3 et n°8]. À noter d’ores et déjà que quand on fait de la comptabilité carbone, on ne compte pas les émissions de vapeur d’eau car notre activité humaine n’est pas capable de modifier significativement sa concentration dans l’atmosphère (excepté lors de la combustion du kérosène des avions dans une couche de l’atmosphère faiblement concentrée en eau).

L’objectif de la comptabilité est de dire que telle action, tel objet, tel service émet ou consomme X tonnes de GES. Or, comme le disait Lavoisier « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » par conséquent, des GES émis dans l’atmosphère ne viennent pas de nulle part et bien souvent ils résultent de la combustion de ressources fossiles (vous savez, ces combustibles riches en carbone vieux de plusieurs millions d’années et qu’on va faire disparaître en quelques dizaines d’années). 

La comptabilité carbone permet ainsi de s’attaquer à deux problèmes en même temps. Deux problèmes qui me préoccupent et c’est pour cela que je vous en parle aujourd’hui :

  • Le réchauffement climatique dû à nos émissions de GES. Combien de gaz à effet de serre est-ce que je peux encore rejeter dans l’atmosphère pour rester sous une température moyenne à la surface terrestre de +1.5°C, +1.6°C, +2°C, … ?
  • La raréfaction des ressources due au fait que nous habitons une planète avec un diamètre fini, les ressources fossiles sont donc finies et s’appauvrissent avec le temps [autocitation pour flatter mon égo ^^]. Combien de combustibles fossiles a-t-on consommé ces dernières années et donc en ayant une estimation des stocks, combien reste-t-il de combustible fossile dans les sols ?

Pour connaître les émissions de GES générées par une action, il faut quantifier chaque étape du cycle de vie de cette action. Le but de la comptabilité carbone est de prendre en compte le plus d’étapes possibles. Ce travail peut être assez fastidieux. Dans mon prochain article je vous prendrai par la main (pas littéralement) et je vous montrerai comment calculer en détails l’impact carbone d’une tasse de café. Et oui, je vous avais dit que c’était mon dada, on s’amuse comme on peut.

L’équivalent CO2, une unité de mesure universelle

Un gaz à effet de serre (GES) est un gaz absorbant le rayonnement infra-rouge émis par la terre. C’est l’absorption de ce rayonnement qui réchauffe l’atmosphère et qui est responsable du phénomène d’effet de serre. Les GES comprennent donc le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), le protoxyde d’azote (N2O), la vapeur d’eau (H2O) (et oui !) des halocarbures (CxHyFzClt) (c’est dans cette catégorie qu’on retrouve les gaz réfrigérant synthétisés par l’Homme) ou encore l’ozone (O3) [Jean-Marc Jancovici – Cours des Mines n°3 et n°8]. À noter d’ores et déjà que quand on fait de la comptabilité carbone, on ne compte pas les émissions de vapeur d’eau car notre activité humaine n’est pas capable de modifier significativement sa concentration dans l’atmosphère (excepté lors de la combustion du kérosène des avions dans une couche de l’atmosphère faiblement concentrée en eau).

Pour faire ces calculs, on utilise une unité de mesure qui se veut universelle. C’est l’équivalent CO2. On peut le retrouver sous plusieurs abréviations : eqCO2, éq. CO2, CO2,e ou CO2-eq. Ici, j’ai décidé d’utiliser le CO2,e. Cette unité de mesure permet de prendre en compte tous les GES que nous émettons dans l’atmosphère : CO2 mais aussi CH4 ou encore N2O. Peu importe de quel gaz nous parlons, l’équivalent CO2 est là pour tout normaliser et pour qu’il y ait une seule unité commune dans les calculs.

Pour la bonne compréhension de cet article retenez simplement que si un gaz participe plus intensivement au réchauffement climatique que le CO2, comme c’est le cas du CH4, cela est pris en compte dans la comptabilité carbone. Mais si vous voulez en savoir plus, ça se passe dans le « pour être plus précis n°1 ».

Comment ça fonctionne à l’échelle nationale

Emissions territoriales et empreinte carbone

Maintenant qu’on a cet outil de la comptabilité carbone à notre disposition, on peut commencer à compter. Oui mais quoi ? Et bien déjà on pourrait compter tous les émissions de GES dont la France est responsable.

Ah oui ok mais ça doit-être coton non ? Très bientôt vous allez vos rendre compte que pour une tasse de café c’est déjà compliqué alors pour un pays… Heureusement pour nous, un organisme est mandaté par la Ministère de la Transition Écologique et Solidaire, le Citepa. Il s’agit d’une association loi 1901 sans but lucratif qui opère pour l’Etat. Ses rapports font autorité en ce qui concerne les émissions de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre de la France [site internet].

Grâce à eux on peut dire qu’en 2019 les émissions de GES sur le territoire français s’élèvent à 436 millions de tCO2,e. On peut également faire un détail secteur par secteur comme sur la figure ci-dessous et constater que les secteurs les plus émetteurs sont les transports (31%), puis l’industrie et l’agriculture (19%).

Répartition des émissions de GES sur le territoire français en 2019, réparti par secteur d’activité. Extrait du Haut Conseil pour le Climat – Rapport Grand Public 2021, p.2.

A partir de cet instant, si vous avez en tête que les émissions mondiales sont autour de 49 milliards [Ourworldindata], on peut s’arrêter là et dire « Cocorico ! La France ne représente que 1% des émissions de GES mondiale ! Par conséquent, pourquoi s’embêter à les diminuer ? C’est plutôt l’affaire de la Chine ou des Etats Unis » ! Premièrement, qui dit « cocorico » ?. Ensuite, à moins d’être un ancien chroniqueur / ex-candidat à la présidentiel, vous n’avez pas envie d’employer des arguments fallacieux. N’est-ce pas ? Et malheureusement, ce n’est pas le seul, des membres du gouvernement, des industriels et tutti quanti (vous saviez l’orthographier ?) font ce raccourci.

Dire que la France ne représente que 1% des émissions de GES mondiale c’est faux, archifaux ! Si vous voulez savoir pourquoi c’est dans le « pour être plus précis n°2 ».

Le problème majeur c’est qu’il faut distinguer émissions territoriales et empreinte carbone. Les premières comptent juste ce qu’on émet sur le territoire Français le second inclut toute la pollution dont on est responsable à l’étranger (émissions importées) et les émissions exportées. C’est ce qui est expliqué sur le schéma ci-dessous. Et comme, à titre personnel, je considère que ça n’a pas de sens de se considérer comme moins polluant parce que l’on a délocalisé notre pollution en Chine ou je ne sais où, je parlerai maintenant uniquement d’empreinte carbone.

L’empreinte carbone de la France, en 2019 s’élevait à 663 MtCO2,e. Rapporté au nombre d’habitant, on tombe sur un chiffre que vous avez peut-être déjà entendu. L’empreinte carbone d’un Français moyen est de 10 tCO2,e.

Schéma pour le calcul de l’empreinte carbone de la France : Emissions territoriales + Emissions importées – Emissions exportées. Extrait du Haut Conseil pour le Climat – Rapport Grand Public 2021, p.3].

On est comment par rapport aux autres pays ?

Il peut être intéressant de comparer cette empreinte carbone de la France avec nos voisins Européens. C’est ce qu’avait fait Bon Pote dans son infographie « Empreinte carbone des pays européens », source originale ici. On constate ainsi qu’en 2018, sur le podium des plus hautes empreintes carbone, on retrouve le Luxembourg (23,4 tCO2,e), la Belgique (15,3 tCO2,e) et l’Allemagne (14,6 tCO2,e). Bon à nouveau, la France n’est pas le plus mauvais élève de la classe mais la moyenne de la classe est catastrophique et il n’y a vraiment pas de quoi se réjouir. Malgré le code couleur vert qui pourrait laisser penser que la Roumanie ou la Bulgarie sont dans les clous, ils émettent encore 3 à 4 fois plus de GES que notre objectif (on va y revenir).

Empreinte carbone des pays européens en 2018, réalisé par Bon Pote.

Comment ça fonctionne à l’échelle individuelle

Maintenant qu’on a vu en détail comme se plaçait la France par rapport au reste du monde, arrêtons-nous plus en détails sur l’empreinte carbone du Français moyen. En 2019, en divisant l’empreinte carbone de la France par les 65,13 millions que nous sommes, on tombe (sans se blesser) sur une empreinte carbone de 10,2 tCO2,e/an pour le Français moyen [Haut Conseil pour le Climat – Rapport Grand Public 2021, p.3]. Les chiffres du gouvernement sont un peu plus optimiste, celui-ci estime en effet l’empreinte carbone de 2019 à 9 tCO2,e/personne/an [Ministère de la transition écologique]. Plus récemment MyCO2 une initiative de Carbone 4 a repris ce calcul en profondeur et trouve 9,9 tCO2,e/personne/an [My CO2 & Carbone 4]. C’est ce dernier chiffre que je considère comme le plus fiable et à jour. Mais gardez en tête essentiellement l’ordre de grandeur : un Français en moyenne émet environ 10 tCO2,e/personne/an.

 La différence majeure entre le chiffre du gouvernement et celui de MyCO2 est explicité dans le « pour être plus précis n°3 ».

L’empreinte carbone moyenne

Arrêtons-nous quelques minutes sur cette empreinte carbone de 9,9 tCO2,e/personne/an. De manière graphique, vous pouvez voir ci-dessous les différentes sources d’émissions. La première c’est le pôle « Je me déplace » avec une contribution de 2,65 tCO2,e/personne/an soit un quart de nos émissions. En seconde position on trouve le pôle « Je mange » avec presque 1 tCO2,e/personne/an rien que pour la viande. Puis ce sont les pôles « Je me loge » (avec 1,2 tCO2,e/personne/an pour le gaz et le fioul), « J’achète » et enfin le pôle « Dépense publique ».

Pour ce dernier pôle c’est simple, vous prenez toutes les émissions des services publics, comme les émissions dues au chauffage ou à l’électricité dans les écoles, les hôpitaux, les bibliothèques ou encore les ministères. Vous divisez ensuite la totalité de ces émissions par le nombre de Français. Chaque Français doit donc imputer à sa propre empreinte carbone 1,4 tCO2,e/an pour résider en France et bénéficier de ces services.

Empreinte carbone moyenne en France en 2019, réalisé par myCO2. [Source]

Cette empreinte carbone est une moyenne. Elle a donc le mérite de montrer, en ordre de grandeur quels sont les principaux pôles d’émissions des Français (ex : la voiture et la viande). Ainsi vous avez une idée de ce à quoi on doit s’attaquer pour réduire nos émissions de GES. Cette empreinte carbone moyenne est donc un outil très puissant et chaque Français.e doit s’en emparer ! Néanmoins les défauts d’une moyenne c’est qu’elle ne prend pas en compte toutes les subtilités.

Le problème de la moyenne

En effet, ce chiffre moyen ne prend par exemple pas en compte la distinction entre les Français habitants en milieu rural et ceux habitants en ville. Les premiers auront peut-être plus de facilité à réduire les émissions du pôle « Je mange » en s’approvisionnant, entre autres, en local mais les seconds auront plus de facilité à se passer de la voiture car ils bénéficient d’un réseau de transports en commun. C’est une réalité à prendre en compte. Je ne crois néanmoins pas que ce soit une fatalité, il ne tient qu’à nous de réinventer ce système.

Une autre inégalité ce sont les émissions de gaz à effet de serre en fonction de vos revenus financiers. En effet, en général, plus vous gagnez bien votre vie plus vous allez avoir tendance à consommer (ah… société de surconsommation quand tu nous tiens). Est-ce que ce sont les ménages avec les revenus les plus faibles qui peuvent se permettre de partir en avion pour un week-end, de manger de la viande tous les soirs ou encore de changer de garde-robe tous les ans ? La réponse paraît intuitive mais sachez que tout cela est théorisé.

Pour pouvoir discuter de cela, il faut définir la notion de décile. On découpe les revenus de la population en 10 tranches (d’où décile) de niveau de vie : les 10% avec les revenus les plus faibles, les 10% au-dessus, etc. jusqu’aux 10% avec les revenus les plus élevés.

Vous voyez ainsi sur la figure ci-dessous (à gauche) que les ménages du 1er décile (les 10% de la population avec les revenus les plus faibles) ont une empreinte carbone d’environ 15 tCO2,e/ménage/an (soit environ 4,7 tCO2,e/personne/an) et que les ménages du 10ème décile (les 10% de la population avec les revenus les plus élevés) ont une empreinte carbone d’environ 40 tCO2,e/ménage/an (soit environ 18,4 tCO2,e/personne/an). Le « pour être plus précis n°4 » explique pourquoi on raisonne en ménage (environ 2-3 personnes) et pas par personne. D’après ces estimations on constate donc qu’un ménage qui gagne environ 80 k€ émet presque quatre fois plus de GES qu’un ménage qui gagne environ 7 k€.

Si cela vous intéresse de savoir à quel décile vous appartenez il y a un calculateur assez bien fait qui vous classe soit en fonction de vos revenus annuels soit en fonction de votre patrimoine. Il est également capable de prendre en compte le pays dans lequel vous habitez / travaillez si vous êtes expatrié.

Il faut néanmoins noter que cette analyse par décile est certes un peu plus fine que cet unique chiffre moyen d’environ 10 tCO2,e/personne/an mais qu’il y a des exceptions au sein même des déciles. Sur la figure de droite vous pouvez voir que certains ménages en difficulté financière vont avoir tendance à émettre beaucoup de GES mais qu’à l’inverse, des ménages aisés sont capables d’être responsables et d’émettre moins que leurs confrères.

Décomposition de l’empreinte carbone en gaz à effet de serre par décile de niveau de vie, à gauche en moyenne, à droite avec toute la distribution. Source : Paul Malliet – Sciences Po qui est lui-même un résumé du rapport «  La fiscalité carbone aux frontières et ses effets redistributifs » de l’ADEME.

La mieux c’est encore de connaître sa propre empreinte carbone.

Si les moyennes donnent des directions à suivre intéressantes, il est encore plus pertinent de déterminer sa propre empreinte carbone. Pour cela vous avez un certain nombre de calculateurs à votre disposition. L’idée est simple, vous alimentez le calculateur avec des chiffres sur votre mode de vie (à combien s’élève votre consommation d’électricité annuel, combien de km parcourez-vous par an en voiture, etc.), le calculateur sait convertir tout cela en émission de GES. Il fait ensuite la somme de tout et vous donne votre empreinte carbone annuelle. Quand vous alimentez le calculateur faites le sans arrière-pensée, n’ayez pas peur du jugement des autres. Connaître son empreinte carbone c’est la première étape avant d’agir.

Le calculateur d’empreinte carbone le plus connu et celui que je vous recommande chaudement c’est Nos Gestes Climat. Pour ceux qui connaissent c’est la version 2.0 de MicMac. Nos Gestes Climat a été initialement développé à l’initiative de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et l’association ABC (Association Bilan Carbone). Nos Gestes Climats présente l’avantage d’être ultra transparent. C’est en effet un site internet open source. Un simple utilisateur du calculateur a accès à toutes les lignes de codes, les hypothèses de calculs et les sources. Il est également en constante évolution pour rajouter des dimensions ou encore affiner les résultats. Bon Pote avait comparé (pas forcément de manière très rigoureuse) différents calculateurs d’empreinte carbone pour conclure que ce dernier était le meilleur.

Nos Gestes Climat c’est si vous voulez faire le calcul dans votre coin, bien installé à votre bureau ou dans un canapé. Maintenant, je souhaiterai vous présenter deux « expériences de calcul d’empreinte carbone ».

Le premier c’est MyCO2. Sous forme d’un atelier vous allez calculer votre empreinte carbone et en discuter avec l’animateur et les autres participants de l’atelier.  Le déroulement est simple : sous la forme d’un storytelling vous allez remplir un texte à trous pour raconter vos habitudes. Le matin est-ce que vous êtes plutôt lait et céréales ou pain et confiture, ensuite est-ce que vous allez au travail en vélo, en voiture ou en transport en commun etc. Vous n’avez donc à donner presque aucun chiffre, juste à raconter votre mode de vie. Le calculateur convertit cela en chiffre et est capable d’en sortir votre empreinte carbone. L’atelier se poursuit avec une discussion sur comment réduire votre empreinte carbone et quels engagements prendre vis-à-vis de vous-même et de la planète.

Le second c’est l’atelier 2 tonnes. On vous propose dans une première partie de répondre à un questionnaire pour déterminer votre empreinte carbone. La seconde partie s’axe beaucoup plus sur les leviers d’actions. A partir de votre empreinte carbone vous allez participer à un jeu au tour par tour pour faire diminuer votre empreinte chaque année en adoptant des nouveaux comportements. Votre objectif est de passer de votre empreinte carbone calculée à une empreinte de 2 tonnes, d’ici à 2050. Je reviendrai en détails sur ce chiffre dans un prochain article. Le jeu est collaboratif et vous devez discuter et vous enrichir des autres participants.

MyCO2 c’est 80 % de l’atelier sur le calcul et 20% sur l’action, l’atelier 2 tonnes c’est l’inverse.

Limites et atouts du calcul d’empreinte carbone

Bon il faut savoir que si j’ai déjà laissé transparaître quelques avantages de la comptabilité carbone il y a des inconvénients. J’en vois deux notamment, mais je serai ravi que vous en signaliez plus en commentaires.

Le premier, j’en ai déjà un peu parlé, ce sont les moyennes et la nécessité de poser des hypothèses et de faire des simplifications. Il est impensable, car cela prendrait trop de temps, d’énergie et de moyens humains, de calculer l’impact carbone de tous les objets et toutes les actions dans les moindres détails. Il arrive donc parfois que cela puisse nous induire en erreur. A titre d’exemple le calculateur Nos Gestes Climat nous demande de dire combien de vêtements neufs nous avons acheté dans l’année. Mais le calculateur n’est pas encore assez fin pour faire la distinction entre un vêtement éco-responsable pour lequel on a cherché à minimiser l’empreinte carbone et un vêtement standard de la fast fashion. Dans le calculateur Mic-Mac cela allait même plus loin puisqu’on demandait de dire combien d’€ on dépensait pour l’achat de vêtements. Or, les vêtements éco-responsables coûtent souvent plus cher et donc émettraient plus de GES d’après le calculateur que des vêtements standards.

Le second, c’est que comme la comptabilité carbone apporte bien souvent des chiffres dans un débat, on a tendance à oublier que les émissions de GES (et la raréfaction des ressources fossiles) ne sont pas les deux seuls enjeux de notre décennie / siècle. Le problème est systémique et il a de multiples facettes. Les émissions de GES et l’augmentation de la température ne sont que la face visible de l’iceberg.

Schéma représentant la nécessité d’avoir une approche systémique.

Il ne faut donc pas jurer uniquement par les calculs d’empreinte carbone. A titre d’exemple, faire du (presque) zéro déchet ne diminue que faiblement notre empreinte carbone (90 kgCO2,e d’après Carbone 4, 133 kgCO2,e d’après Avenir Climatique dans leur Big Conf). Cela peut paraitre peu et donc l’erreur fatale serait de dire, qu’il faut se concentrer sur un autre levier d’action. Cependant, faire du (presque) zéro déchet, c’est essentiellement lutter contre la pollution plastique et donc s’attaquer au problème du dépassement de la limite planétaire « Introduction d’entités nouvelles dans la biosphère » (novel entities) qui est tout aussi gravissime (voire plus ?) que le réchauffement climatique.

Donc quand on fait, lit, s’intéresse à la comptabilité carbone on garde bien en tête ces deux choses : la comptabilité ce n’est pas le Saint Graal et il y a parfois des simplifications mais si on en est conscient, ce n’est pas grave.

Côté avantages, ils sont multiples, et j’espère pouvoir vous transmettre mon intérêt pour cette comptabilité carbone dans mes prochains articles.

La comptabilité carbone nous donne des arguments pour prendre une décision, à l’échelle d’une entreprise, d’un Etat ou à titre individuel : je sais que l’avion est bien plus émetteur en GES que le train, à titre individuel je peux boycotter l’avion au profit du train, en tant qu’entreprise je peux inciter mes employés à ne pas faire de déplacement en avion en comptabilisant le temps de travail en train comme du télétravail, en faisant entrer dans l’imaginaire collectif qu’on peut arriver sur un lieu de rendez-vous la veille et partir le lendemain et que nous ne sommes pas obligés de faire l’aller-retour dans la journée, et puis en tant que gouvernement j’investis massivement dans le train et je ferme des lignes aériennes qui n’ont pas lieu d’être (lorsqu’il existe une alternative bas carbone de moins de 4h – Proposition SD-E2 de la CCC, p. 253), je taxe le kérosène comme tout autre carburant.

La comptabilité carbone nous permet aussi de prioriser. Quand vous avez l’impact carbone d’une action ou d’un objet, il se compose de différentes sources démissions (voire pour plus de détails le calcul de l’impact carbone d’une tasse de café). Il est donc intéressant de savoir à quel facteur d’émission on s’attaque en premier. Est-ce que la majeure partie de l’impact carbone de la tasse de café vient du café lui-même, de sa production ou de son transport ? Est-ce que c’est la fabrication de la machine à café ? Est-ce que c’est l’électricité consommé au cours du procédé ? De même, pour l’inventaire national français, il a été montré plus haut que 31% des émissions de GES sur le territoire vient des transports et que 53% de ces 31% (soit ? soit ? vous l’avez ? 16,4% c’est bien) vient de la voiture. Si on devait prendre une mesure dès demain pour le climat elle devrait donc permettre logiquement de limiter l’impact de l’utilisation de nos voitures.

Je terminerai par ce point fort, la comptabilité carbone nous permet de suivre nos efforts vis-à-vis du réchauffement climatique. Elle nous donne accès à notre point de départ, on connaît nos émissions de GES à l’échelle du Monde, de la France, mais aussi à titre individuel. Elle nous indique l’objectif qu’on doit tous atteindre à savoir, « la neutralité carbone » (souvent déformé en, « atteindre une empreinte carbone de 2 tCO2/personne/an » mais à nouveau je vais y revenir très bientôt) et entre les deux elle nous dit que telle action permet d’éviter x tCO2,e. On a donc quelque chose de pilotable, qui permet de suivre nos efforts et d’agir en conséquence.   

Merci de m’avoir lu jusqu’au bout, merci comme toujours de votre bienveillance et de votre soutien. J’espère que cet article un peu plus instructif vous a plu. N’hésitez surtout pas à commenter cet article pour poser vos questions ou pour compléter mes propos. Un immense merci à RL qui a fait une relecture critique de cet article et m’a donné diverses pistes d’améliorations !

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Pour être plus précis

Pour être plus précis n°1

Pour faire cette harmonisation on a besoin d’un paramètre qu’on appelle le global warming potential (GWP) ou potentiel de réchauffement global (PRG). Le PRG c’est le forçage radiatif d’un gaz cumulé sur un horizon de temps (HT) et ramené au même calcul mais cette fois ci pour le CO2 :

Du fait de cette normalisation, le PRG du CO2 est 1. De ce fait 1 tCO2 envoyé dans l’atmosphère correspond à 1 tCO2,e. Pour plus de détails sur le forçage radiatif vous pouvez lire Bon pote & Ladygeur. Retenez que plus vous émettez de GES dans l’atmosphère, plus ils vont bloquer la sortie des rayons infrarouge de l’atmosphère et plus ces radiations « bloquées » vont réchauffer l’atmosphère. Et comme ces gaz peuvent rester plusieurs années dans l’atmosphère le réchauffement qu’il génère lui aussi se compte en plusieurs années. 

Il est important de définir cette horizon de temps (HT) car le CO2 reste plus longtemps dans l’atmosphère que le méthane (8-9 fois plus) mais ce dernier, à un temps donné, réchauffe plus l’atmosphère. Ainsi, pour HT = 20 ans, le méthane réchauffe fortement l’atmosphère les 12-13 premières années (60% du temps) puis, il disparaît et n’a plus trop d’impact sur les 7-8 dernières années. Alors que pour HT = 100 ans, le méthane n’aura d’impact que pendant 12-13% de la durée de mesure. Ce HT a de l’importance en fonction de l’objectif que vous vous fixez, est-ce qu’on travaille sur la réduction des GES à court terme ou à long terme.

 Durée de séjourPRG
  HT = 20 ansHT = 100 ans
Dioxyde de carbone (CO2)100 ans*11
Méthane (CH4)12.4 ans84-8628-34
CFC-1145 ans6900-70204660-5350
Oxyde Nitreux (N2O)121 ans264-268265-298
Adapté du tableau 8.7, p.714 de l’AR5 du IPCC.

Vous voyez ici que le PRG de tous les GES est supérieur à 1 et donc que tous les GES sont plus néfastes que le CO2 bien que le CO2 occupe beaucoup plus l’espace médiatique (enfin quand on daigne parler sérieusement de réchauffement climatique).

Pour faire simple, une fois qu’on a accès à ces PRG, on choisit le HT par exemple 100 ans (parce qu’on veut agir à « long terme ») et on peut donc dire que 1 tonne de CH4 c’est environ 34 tonnes de CO2 ,e car son PRG est 34 fois plus grand.

Pour être plus précis n°2

Pourquoi toute personne criant à la gloire de la France parce que soit disant nos émissions de GES ne représente que 1% des émissions mondiale est un.e idiot.e ?

En 2018, les émissions mondiales s’élevaient à 49 milliards de tCO2,e et celles sur le territoire français à 0,36 milliards de tCO2,e [Ourworldindata]. On trouve donc un rapport 0,7%. Ce rapport est un peu plus élevé et égal à 0,9% quand on ne compte que le CO: 37,9 milliards de tCO2,e à l’échelle du monde pour 0,33 milliards de tCO2,e à l’échelle de la France [p.32 – Chiffres clés du climat – France, Europe et Monde – Édition 2021]. D’où le fameux 1% que toute le monde relaye.

Oui mais ce résultat c’est sans compter toutes les émissions de GES qu’on émet à l’étranger en délocalisant notre industrie. En effet, on parle ici des émissions territoriales et non de l’empreinte carbone. Or in fine, c’est le consommateur qui est responsable de tout ce qu’on achète et donc qu’on produit, en Chine (par exemple). Pour être honnête il faut donc ajouter à ces 436 millions de tCO2,e émises sur le territoire (en 2019), les émissions qu’on exporte (356 millions de tCO2,e) et soustraire celles qu’on importe (130 millions de tCO2,e). Au total la France est donc responsable de 663 millions de tCO2,e on s’approche alors des 1,5% d’émissions mondiale à un instant t.

Par ailleurs, la France a une responsabilité historique vis-à-vis des émissions de GES. En effet, les GES ont des temps de vie long (cf plus haut) ce qui compte ce ne sont donc pas nos émissions à un temps t mais plutôt nos émissions cumulées sur plusieurs années. En cumulant nos émissions de CO2 jusqu’à 2020 (attention je n’ai pas trouvé de graph pour tous les GES !) on obtient la figure suivante. Alors oui, effectivement nous ne sommes pas le plus mauvais élève de la classe (mais est-ce vraiment un argument recevable quand on rentre à la maison avec un 4/20 ?), les USA sont responsables mais nous sommes tout de même responsables de 2,3% des émissions de GES de l’humanité. Pour un pays qui représente aujourd’hui 0,85% de la population mondiale [Our world in data, encore et toujours] c’est trois fois trop non ?

Our world in data –  “Cumulative CO2 emissions”.

Vous pouvez aussi prêter attention à ce schéma qui justement a cumulé toutes les émissions entre 1751 et 2017 :

Our World in data – « Who has contributed most to global CO2 emissions ? ».

Merci à la Dr. Valérie Masson-Delmotte & Le Monde pour m’avoir permis de débunker cet argument.

Pour être plus précis n°3

La différence entre le chiffre du gouvernement et celui de MyCO2 ne provient pas d’un calcul fallacieux de la part du gouvernement (ne voyons pas le mal partout). Il y a simplement trois points méthodologiques pris en compte par Carbone 4 mais qui ne l’étaient pas par le gouvernement [Méthodologie Carbone 4]. Ce sont :

  • les trainées de condensation dues au secteur aérien (les moteurs des avions en vols émettent de la vapeur d’eau qui, comme vous l’avez lu précédemment, est un gaz à effet de serre et dans la partie de l’atmosphère où évolue les avions l’activité humaine peut significativement changer la concentration en vapeur d’eau).
  • la déforestation importée (lorsque l’on déforeste pour, à titre d’exemple, faire de la monoculture de soja pour nourrir notre bétail, il semble normal que cela soit comptabilisé dans notre empreinte carbone) (cet impact est double puisqu’on émet du GES lorsque l’on brûle la parcelle de forêt et cet espace de forêt correspond à un puit de carbone en moins qui aurait pu capter des GES).
  • la prise en compte de trois GES exclus de la comptabilité du Ministère à savoir trois composés fluorés (HFC, PFC, SF6).

Pour être plus précis n°4

Il aurait été possible pour être plus parlant de ne pas mettre les émissions par ménage mais par personne. Néanmoins, certains biens et services ne fonctionnent pas forcément linéairement avec le nombre d’individus par ménage. Prenez les télévisions par exemple, a priori on n’a pas toujours une télévision par personne dans un ménage (et encore moins dans les foyers à faible revenu). 

Un avis sur « L’empreinte carbone, les préliminaires »

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