Calcul de l’impact carbone du café 

Préambule

Cet article est là pour exemplifier les choses un peu techniques que j’ai pues aborder dans celui où je posais les bases de la comptabilité carbone.

Pour ce faire, j’ai choisi de commencer avec un exemple qui parle à (presque) tout le monde : le café. Quel est l’impact carbone d’une tasse de café ou encore, combien de gaz à effet de serre (GES) sont émis pour que l’on puisse boire une tasse de café ? On va essayer de répondre à ces questions ensemble, suivez-moi (j’ai l’impression d’être Jamie dans son camion…). Quand on souhaite calculer l’impact carbone d’une action ou d’un objet, il faut commencer par identifier tous les pôles d’émissions. Pour le café, vous avez besoin :

  • d’un récipient (une tasse sera plus pratique qu’un boceal à anchois)
  • d’eau
  • de café
  • d’un appereil électronique pour éventuellement moudre le café, chauffer l’eau et la faire couler à travers le café
  • d’électricité pour faire fonctionner cette machine

On pourrait s’arrêter là, mais il faut prendre en compte TOUTE la chaîne de production. Votre eau, il a fallu la traiter et l’acheminer jusqu’à vous. Votre appareil électronique, il a fallu le manufacturer. Votre électricité, il a fallu la produire. Votre café, il a fallu le faire pousser des graines sur un caféier (et donc éventuellement abattre une forêt pour libérer de la place) avec des moyens humains et techniques. Il a ensuite fallu tranformer la graine fraîche avec par exemple l’étape de torréfaction et acheminer ce café jusqu’à vous (par avion ou bateau bien souvent). Il a donc été emballé et éventuellement moulu.

Vous commencez à comprendre la quantité impressionnante d’étapes nécessaires à ce que quelques centilitres de café arrivent tous les jours jusqu’à nous – ces étapes sont pour la plupart répertoriées sur le schéma ci-dessous. Chaque étape émet des GES et la comptabilité carbone a pour but de quantifier ces émissions.

Schéma récapitulatif de la chaîne de production d’une tasse de café

Avant de rentrer dans le détail des calculs, petit sondage.

Le détail du calcul

Cette partie a pour but de vous montrer l’envers du décor d’un calcul d’impact carbone. Si vous êtes un peu pressé ou que vous n’êtes pas très à l’aise avec les chiffres, survolez cette partie et passez à la suivante. Revenez-y un peu plus tard. Au contraire, pour les fans de chiffres qui veulent creuser et vérifier ma méthodologie, je vous mets à disposition ce tableau excel dans lequel j’ai détaillé tous mes calculs.

Hypothèses de départ

Pour moyenner un peu on va faire le calcul sur 1 L de café. On en déduira ensuite l’impact carbone d’une mug de café que je suppose contenir 25 cl. On fait également l’hypothèse que pour préparer 1L de café il faut environ 50 g de café. L’hypothèse est peut-être fausse ou un peu éloignée de la vérité mais tant qu’on est transparent, ce n’est pas grave car ainsi quelqu’un peut suivre votre méthodologie en utilisant juste un chiffre qui lui semble plus pertinent s’il le souhaite.

Petite remarque préliminaire, si l’unité de kg CO2,e est peu floue pour vous, je vous renvoie vers mon article précédent qui explique tout cela très bien. En bref, c’est l’unité standard pour mesurer la masse de GES émise dans l’atmosphère.

Impact carbone du café :

En moyenne la culture du café, c’est 16,5 kgCO2,é / kg de produit si on prend une donnée internationale [Our World in Data (Hannah Ritchie)] ou 9,4 kg CO2,e/kg de produit si on se base sur une base de données française [Agribalyse® – ADEME]. Pour le litre de café qui nécessite 50 g de poudres, il suffit donc de faire 50 /1000 x 9,4. Donc pour votre litre de café, le café contribue à hauteur de 469 gCO2,e (ou 825 CO2,e si vous prenez la valeur internationale).

Ce qui est intéressant c’est aussi de regarder dans le détail ces 9,4 kgCO2,é / kg. Quelle est la part du transport, de la culture du café ou encore du packaging ? Cette même base de données nous dit que 97,1 % correspondent au pôle « agriculture et changement des sols », 1,2% correspondent au « transport » et le reste « emballage », « transformation » et divers représentent  moins de 1%.

Impact carbone de l’électricité :

Pour faire une coupe grossière, on va dire qu’il faut 0.5 kWh pour préparer 1L de café [Consoglobe, 17/06/2010, url & guide-cafetière.com, 28/02/2021, url & ADEME – « Modélisation et évaluation environnementale de produits de consommation et biens d’équipement », 12/2019].

Vous n’êtes pas sans savoir que l’électricité ne tombe pas du ciel (sauf en cas de fortes intempéries ^^), il faut donc la produire : nucléaire, hydraulique, charbon, panneaux photovoltaïques, éoliennes, etc. L’ensemble de ces différentes sources d’électricité constitue ce qu’on appelle un mix électrique . Chaque mode de production a une empreinte carbone différente. L’électricité produite par le nucléaire ou par un panneau photovoltaïque émet bien moins de GES que de l’électricité produite à partir du charbon. Ainsi en fonction de la proportion de chaque mode de production dans notre mix électrique, ce dernier a une empreinte carbone moyenne donnée.

Cette dernière est de 60 gCO2,e / kWh pour le mix électrique français [ADEME – “Electricité – 2020 – mix moyen – consommation 0.0599 kgCO2,e/kWh”, consulté le 19/05/2022, url]. Donc pour votre litre de café, l’électricité contribue à hauteur de 30 gCO2,e.

Impact carbone de la machine à café :

Pour préparer votre café, vous avez besoin d’une machine qui a elle-même nécessité de la matière première, un mode d’approvisionnement, une mise en forme, un assemblage, du transport et aussi un traitement du déchet en fin de vie.

L’ADEME, dans une étude de 2019 a quantifié l’impact carbone de chacune de ces étapes [ADEME, bilanGES « Modélisation et évaluation environnementale de produits de consommation et biens d’équipement »]. Au total, la fabrication d’une machine à café émet en moyenne 13,8 kgCO2,e. L’ADEME postule également que leur durée de vie est, en moyenne, de 5 ans (soit 2,8 kgCO2,e / an). Ainsi en supposant qu’on utilise sa machine chaque jour, on obtient un impact carbone journalier de 7,6 gCO2,e. Donc pour votre litre de café quotidien, la conception de l’appareil contribue à hauteur de 7,6 gCO2,e

Impact carbone de l’eau :

Oui, aussi surprenant que cela puisse paraître l’eau de votre robinet émet des GES. En effet pour arriver jusqu’à votre robinet, il faut qu’elle passe en station d’épuration et qu’elle soit acheminée jusqu’à votre logement. Tout cela nécessite des infrastructures (dont la fabrication et le fonctionnement a nécessité d’émettre des GES) et de l’énergie.

L’ADEME a estimé (à partir de données de 2011) l’impact carbone de la production d’eau potable à 132 gCO2,e / m3 [ADEME – “Eau de réseau”, consulté le 19/05/2022, url].  Donc pour votre litre de café, l’eau contribue à hauteur de 0,13 gCO2,e. A première vue, on peut déjà conclure que cette source d’émissions est très en-dessous des autres.

Impact carbone de la tasse  :

Pour ce pôle d’émission, on va avoir recours à un outil que les gens qui font de la comptabilité carbone n’utilise qu’en dernier recours : l’équivalent GES émis par euro dépensé. C’est très approximatif, ça fait partie des limites de la comptabilité carbone discutées dans mon article précédent. Mais je n’ai pas le choix, on m’a forcé, vous comprenez, je suis dos au mur, c’est une question de vie ou de mort pour terminer ce calcul… non je plaisante vous allez voir ce n’est pas très grave car ce pôle d’émission est presque négligeable.

Le calculateur MicMac (d’après « bilan GES » de l’ADEME) estimait que pour les petits produits manufacturés (avec l’exemple de livres ou de mobilier) l’impact carbone était de 55 gCO2,e /€. En estimant à 10 € le prix d’une tasse, on en déduit que la conception d’une tasse a émis 550 gCO2,e. Maintenant, il faut répartir cela sur la durée de vie de votre tasse.  En supposant que vous utilisez votre tasse au moins 3 fois par semaine et que vous allez garder votre tasse au moins 4 ans, on peut facilement dire que votre tasse va être au moins utilisée 1040 fois. Donc pour votre litre de café, la conception de la tasse contribue à hauteur de 0,9 gCO2,e. On peut donc considérer que malgré l’utilisation de cet outil « gCO2,e / € » on est bien en-dessous du reste des chiffres et donc que ce n’est pas cette approximation qui va changer l’interprétation de nos résultats par la suite.

Je pense avoir été assez exhaustif. Si vous avez la sensation que j’ai oublié un pôle d’émission majeur, n’hésitez pas à me le signaler dans les commentaires et encore mieux, à faire le calcul ou à minima me proposer des sources.

Il ne reste ainsi plus qu’à sommer la totalité des émissions calculées précédemment. Notre calcul maison met donc en évidence que l’impact carbone d’1L de café est de 508 gCO2,e. On en déduit donc que l’impact carbone d’une tasse de 25 cl est de 127 gCO2,e. A titre de comparaison, le calculateur « Nos Gestes Climat » estime l’impact carbone d’une tasse de café à 50 gCO2,e. Comme ce dernier résultat manque de source il est difficile d’expliquer notre écart de calcul.

Discussion des résultats

Le chiffre en lui-même

Maintenant que je vous ai présenté tous mes calculs, il est temps de discuter des résultats. La première question que nous pouvons nous poser est : est-ce que 127 gCO2,e c’est beaucoup ou non ?

Pour cela, il est préférable de ramener cela à une consommation annuelle. Si vous consommez en moyenne 7 tasses de café par semaine, par an cela représente 46,2 kgCO2,e de GES qui sont émis dans l’atmosphère. Dans mon article précédent, j’expliquais que l’empreinte carbone d’un.e Français.e moyen.ne était d’environ 10 tCO2,e par an. Les 46,2 kgCO2,e représenterait donc moins de 0.5% de notre empreinte carbone individuelle. C’est une très bonne nouvelle pour les amateurs de café. Cela signifie qu’il y a d’autres leviers à activer avant de vous attaquer à votre consommation de café !

On peut aussi parler d’équivalent pour se faire une idée : 46,2 kgCO2,e c’est 90 repas végétariens ou environ 6 repas avec du bœuf. 46,2 kgCO2,e c’est 230 km dans une voiture qui consomme en moyenne 7 L/100km ou 23 allers-retours Paris-Marseille en train.  

La contribution des différents pôle d’émission

Maintenant, décryptons la composition de ce chiffre de 46,2 kgCO2,e. Petit sondage pour voir si vous avez bien suivi :

Vous aviez trouvé la bonne réponse dès le premier sondage ? Bravo dans ce cas !

En effet, il est intéressant de noter que la production et la transformation du café représente 90,5% de l’empreinte carbone totale de la tasse de café. Ensuite, l’électricité représente 5,9% de l’empreinte carbone, 1,5% pour la machine à café et 1,1% pour les transports. Les dernières places sont occupées par la tasse et l’eau qui ne représente respectivement que 0,2% et 0,03% de l’empreinte carbone.

Répartition des 127 gCO2,e pour 25 cl de café en fonction des différents pôles d’émissions. La production et la transformation du café est le premier pôle d’émission (90,5 %), la traitement et l’acheminement de l’eau est le dernier (<0,03 % indiscernable sur le graphique).

Impact du mix électrique sur l’impact carbone de votre tasse à café

Je dois dire que j’ai était surpris de constater que l’électricité comptait autant, on va donc creuser la question et s’intéresser notamment à la production de cette électricité et la qualité du mix électrique dont on a parlé plus haut. Si l’électricité contribue à hauteur de presque 6%, un mix électrique à faible ou haut impact carbone aura un impact qui fera significativement varier le résultat final. La France, ayant fait le choix du nucléaire, l’empreinte carbone de notre électricité est relativement faible (0.0599 kgCO2,e/kWh en 2019) par rapport à l’Allemagne, par exemple, qui en précipitant sa sortie du nucléaire à réouvert des usines de charbon, son électricité a donc une empreinte carbone presque 8 fois plus élevée (0.46 kgCO2,e/kWh en 2019).

Ainsi, le tableau et le graphique ci-dessous montrent que si l’électricité qui sert à fabriquer votre café ne compte que pour 6 % de l’impact carbone en France, en Allemagne ou aux Etats-Unis c’est plus de 30 % et en Chine c’est 45 %. Si vous en profitez pour crier « Cocorico, la France est une grande nation écologique » je vous renvoie au pour être plus précis n°2 de mon article précédent.

PaysEmpreinte carbone de l’électricité (kgCO2,e/kWh)Empreinte carbone du café (gCO2,e/L)Contribution de la production électrique dans l’empreinte carbone de la tasse de café
France0,065085,9 %
Belgique0,2258818,7 %
Allemagne0,4670832,6 %
Espagne0,2459720,0 %
Etats-Unis0,5273935,3 %
Chine0,7786144,5 %
Tableau récapitulatif de l’empreinte carbone d’un litre de café dans différents pays, en regardant notamment l’influence du mix électrique. Source : bilan GES – ADEME.

Évolution de l’impact carbone pour 1 L de café en fonction du pays dans lequel il est préparé et donc du mix électrique du pays en question. Pour ce calcul une hypothèse (très grossière je l’admet) a été faite : le traitement et l’acheminement de l’eau contribue toujours a hauteur de 0,13 gCO2,e. Si vous avez ce genre de donnés pour affiner mon calcul je suis preneur.

Comment puis-je réduire l’empreinte carbone de ma consommation de café ?

J’en discutais dans mon article précédent, la force de la comptabilité c’est de discuter des différents leviers d’actions pour diminuer son empreinte carbone avec des chiffres à l’appui. Dans cette partie, on va donc réfléchir à comment réduire ce chiffre de 127 gCO2,e pour un mug de café (508 gCO2,e pour 1 L).

Nous pouvons déjà éliminer les pôles d’émissions sur lesquels on ne peut pas agir. L’impact carbone de votre eau et de votre électricité est indépendant de votre volonté (sauf si vous avez votre propre système de production d’électricité et de traitement de l’eau mais dans ce cas le calcul se fait au cas par cas et il se complexifie). 

Ensuite, on pourrait se dire que si je me fournis avec du café local ou du café acheminé par un mode de transport à faible émissions de GES (pour le calcul on prend même le cas extrême, on fait l’hypothèse qu’il n’y a aucune émission liée au transports). C’est notamment la mission que s’est donnée Grain de Sail. En utilisant des voiliers-cargo, il propose de ravitailler la France en café (venant du Brésil, de la Colombie, ou de la Papouasie) et en chocolat (Amérique Latine) et pour que le voyage aller ne se fasse pas à vide, ils livrent du vin bio aux Etats-Unis. Malheureusement, comme vous pouvez le voir sur le graphique récapitulatif ci-dessous, le transport n’a que peu d’impact sur l’empreinte carbone du café. On peut faire le même raisonnement en essayant d’acheter son café en vrac. Voici des cartes pour trouver un magasin vrac près de chez vous : Cartovrac, Réseauvrac, ZerowasteFrance. Acheter en vrac permet de diminuer drastiquement la quantité d’émissions de GES liée au packaging/emballage (pour le calcul on fait même l’hypothèse qu’il n’y a aucune émission liée au packaging). A nouveau, on ne fait diminuer que de 4 gCO2,e sur un total supérieur à 500.

Alors attention, entendons-nous bien, ces solutions restent intéressantes, vous participez au développement des transports maritimes et bas carbone dans le premier cas, vous diminuez la pollution plastique (lié au packaging) et aidez au développement de la filière vrac dans le second cas. Ce n’est néanmoins pas ces leviers qui vont diminuer l’empreinte carbone de votre consommation de café de manière significative. Disons simplement que si vous êtes prêt à faire une quantité limitée d’efforts vis-à-vis de votre consommation de café ne commencez pas par ces leviers.

On peut décider d’acheter son équipement d’occasion (tasse + machine). Vous pouvez faire vos achats sur Label Emaüs, le bon coin, vinted, aller dans une brocante de quartier ou dans un magasin de seconde main. Le principe de l’achat d’occasion consiste à dire que la personne qui a fait l’achat en premier lieu s’est déjà affranchie de son impact carbone, la personne qui va donc lui racheter n’en est donc pas imputable (surtout sur des petits objets comme ceux-ci). Une autre approche consiste à dire que l’achat d’occasion permet de décupler la durée de vie d’un objet et donc qu’on répartit l’impact carbone d’un objet sur plus d’années. Dans les deux cas, on pousse encore une fois le concept à l’extrême et on fait l’hypothèse que les impacts carbone de la tasse et de la machine sont nuls. Là encore, on passe sous la barre des 500 gCO2,e pour 1 L de café mais ce n’est pas significatif (voir graphique). Cette action permet de participer au ralentissement de la raréfaction des ressources (électroniques, verre ou encore plastique) ainsi qu’à la pollution des sols (en fin de vie il y a de grandes choses qu’on les enfouisse). Ce n’est néanmoins pas ce levier qui va diminuer l’empreinte carbone de votre consommation de café de manière significative.

Quatrième tentative, pour faire baisser son impact carbone, changer son mode de préparation du café. J’ai comptabilisé trois méthodes principales : celle déjà quantifiée avec un filtre à café et une cafetière ; faire chauffer votre eau à la bouilloire et utiliser une machine à presse ; utiliser une cafetière italienne sur une plaque de cuisson. Dans le second cas, vous n’avez plus besoin d’acheter une grande cafetière seulement une petite machine à presse. Vous avez probablement déjà une bouilloire et qui plus est, cette dernière consomme moins d’électricité. Dans le troisième cas, à nouveau l’objet à acheter est plus petit et vous avez probablement déjà une plaque de cuisson. Attention néanmoins il y a une différence entre les émissions de GES pour des plaques électriques (60 gCO2,e/kWh) et des plaques aux gaz (227 gCO2,e/kWh), ces dernières faisant face à la déperdition de chaleur nécessitent plus d’énergie pour chauffer un liquide et la combustion du gaz émet beaucoup plus de GES que la production électrique. Ainsi, en utilisant une bouilloire et une machine à presse ou une cafetière italienne sur des plaques électriques plutôt qu’une machine à filtre vous diminuez l’impact carbone du café d’environ 20 gCO2,e / L,  soit 3%. Néanmoins, si vous utilisez des plaques au gaz vous allez presque doubler l’impact carbone de votre litre de café (923 gCO2,e / L de café). A nouveau, on voit que le gain n’est pas fantastique et qu’en fonction de votre équipement (gaz vs électricité) il peut même être contreproductif (voir graphique). On y reviendra plus tard en détails, mais je pense néanmoins qu’en passant à une préparation plus « complexe » du café vous repensez votre rapport au café et vous ne préparez plus machinalement vos tasses sans vous demander si vous en voulez ou non ce matin. Ce n’est néanmoins pas ce levier qui va diminuer significativement l’empreinte carbone de votre consommation de café.

Bon mais il doit bien y avoir des leviers d’actions plus importants non ? Et bien peut-être qu’il serait temps de s’attaquer à ce qui représente 90 % de l’impact carbone d’une tasse de café : la production et la transformation du café !

Déjà on peut miser sur une agriculture plus saine mais cela reste très spéculatif. Imaginons qu’il soit possible d’avoir une récolte et une transformation bas carbone du café. Là, je n’ai pas de chiffres à portée de main donc je vais utiliser le théorème du doigt mouillé et imaginer qu’on parvienne à réduire de 20 % les émissions liées à la production et à la transformation du café. Si vous avez des pistes de quelconques innovations (technologiques ou conceptuelles) à ce sujet, je suis preneur. Vous faites ainsi tomber l’impact carbone de votre tasse de café à 400, c’est mieux mais c’est pas foufou.  

Vous pouvez aussi substituer le café par du thé. Une tasse de café a une empreinte carbone cinq fois plus élevée qu’une tasse de thé selon  [Nos Gestes Climats]. Mais je fais le choix de refaire le calcul avec toutes nos données accumulées pour avoir une méthodologie similaire. Je vous épargne le même laïus et si cela vous intéresse vous pouvez regarder le tableur Excel dont je vous fais cadeau (disponible plus haut). On arrive au résultat suivant, l’impact carbone d’1L de thé est de 11 gCO2,e, soit d’après mes calculs 46 fois moins qu’1L de café. Je suis assez surpris par un tel écart donc si vous voulez regarder la méthodologie et me faire des retours n’hésitez surtout pas ! Je n’ai pas de chiffre substantiel mais on peut aussi consommer de la chicoré du yannoh ou que sais-je.

Enfin, vous pouvez consommer moins de café. C’est ce que j’appellerai faire preuve de sobriété vis-à-vis de votre consommation en café. Cela va de pair avec une réflexion sur son rapport au café et cela nécessite de briser l’imaginaire collectif qui s’articule autour du café. Sans parler de bannir complétement le café de votre vie, faire preuve de sobriété c’est réduire significativement votre consommation. Vous pouvez passer par exemple de 21 tasses de café (trois par jour) à 5 (une par jour de la semaine de travail) (vous imaginez le gain si on passe à la semaine de 4 jours ^^). En faisant cela, vous diminuez l’impact carbone de votre consommation de café de 75 %. Vous pouvez faire cela presque dès demain, sans arrêter totalement le café et sans miser sur une possible innovation technologique ou conceptuelle qui permettrait de réduire l’impact de la production du café.

Évolution de l’impact carbone de 1 L de café en fonction des différents leviers d’actions employés. Ces derniers sont divisés en trois catégories : les « petits pas », les « évolutions » technologiques et les changements d’imaginaires.

En résumé, les meilleurs moyens de réduire significativement l’impact carbone de votre consommation de café ne sont pas l’achat de son café en vrac, l’achat de sa machine d’occasion, l’achat de café acheminé par transport bas carbone. Ce sont des actes qu’on pourrait mettre dans la catégorie des petits pas. Ce n’est pas non plus un changement technologique (préparer son café par machine à presse ou cafetière italienne) ou encore compter sur un éventuel saut technologique. Non ce qui a vraiment un impact c’est repenser votre rapport au café pour vous aider à faire preuve de sobriété vis-à-vis de votre consommation et utiliser des substituants comme par exemple le thé.

Bien évidemment, tout peut s’ajouter dans mon cas, je ne consomme plus qu’en moyenne une tasse de café par semaine, j’achète mon café en vrac et je le prépare avec ma machine à piston, je possède ma tasse et ma bouilloire depuis tellement longtemps qu’on peut considérer leur impact nul quant aux autres jours de la semaine, je bois des jus ou du thé. J’estime ainsi l’impact carbone de ma consommation de boissons chaudes à 20 kgCO2,e par an au lieu de 128 kgCO2,e. J’ai ainsi pu diminuer par plus de 6 cette dimension de mon empreinte carbone. 6 c’est un peu plus que la diminution qu’on doit effectuer pour passer de l’empreinte carbone moyenne d’un.e Français.e de 10 tCO2,e à 2 tCO2,e notre objectif à toutes et tous (c’est le prochain article). Comment j’ai fait pour assurer cette bifurcation, je vous explique tout !

Comment j’ai réduis ma consommation de café en brisant les imaginaires collectifs

L’idée c’est de vous faire part de mon expérience afin que vous puissiez amorcer votre propre réflexion sur votre rapport au café. Loin de moi l’idée de juger votre rapport au café ou de vous faire culpabiliser (gardez en tête que un café par jour ce n’est que 0.5 % de l’empreinte carbone moyenne d’un.e Français.e. Pour résumé c’est en sortant d’une certaine forme de dépendance au café, qu’on a presque toutes et tous, que j’ai pu diminuer.

Il faut bien comprendre qu’on est bercé par des mythes, des imaginaires collectifs autour du café : la première tasse de café c’est presqu’un signe du passage à l’âge adulte (coucou Panayotis), une personne qui boit du café sans sucre apparaît plus résistant ; le café est également un marqueur social, la fameuse pause-café dans les entreprises ; le café ça vous tient en forme pour une journée d’activités.

Quand j’étais en doctorat, je prenais assez facilement 3-4 cafés par jour : un en me levant pour mon petit-déjeuner, un en arrivant au laboratoire pour passer un moment agréable et discuter avec les collègues, un après le déjeuner et puis il m’arrivait d’en reprendre un vers 16-17h avec les collègues les plus téméraires qui avaient encore du travail. Et là, avec du recul, je me rends compte que c’est dramatique parce que j’étais enfermé dans cette idée que le premier me donnait un coup de boost pour la journée et que les autres étaient liés au côté social du café. J’étais emprisonné dans l’imaginaire collectif que le café c’est cool pour créer du lien avec ses collègues, je ne suis jamais dit que je pouvais très bien participer à ses pauses en buvant de l’eau, une autre boisson ou en ne consommant rien.

Après une prise de conscience, j’ai d’abord commencé par supprimer le dernier café de la journée afin de mieux dormir le soir, puis l’un des deux autres cafés de ma journée de travail. C’est finalement le challenge MPP qui a eu raison de moi, il y a un défi qui consiste à se passer de café (et de chocolat) pendant une semaine (qu’ils sont cruels !). Lors de ma première participation cela a été très dur. Je m’assoupissais presque tous les matins devant mon écran d’ordinateur. Après cette participation, j’ai décidé d’arrêter le café le week-end, si j’étais fatigué j’écoutais simplement mon corps qui manifestait son besoin de sommeil et je faisais une sieste. Lors de ma deuxième participation, le sevrage du café a été plus facile et j’ai finis par substituer complétement le café par le thé et à réduire à une tasse par jour. Je suis même capable de ne pas consommer de caféine le week-end. Il m’arrive néanmoins de temps en temps de prendre une tasse de café et j’y prends beaucoup plus de plaisir. Le fait de passer à une machine à presse et de moudre mon café moi-même m’a aussi aidé à reprendre goût du vrai bon café et à considérer cela comme un rituel particulier. Cela peut même avoir un côté amusant quand je prépare le café pour des gens qui n’ont jamais utilisé une machine à presse.

Voici donc un exemple selon lequel plus de sobriété est synonyme d’une meilleure qualité de vie. Je ne vous parle pas de supprimer totalement le café mais de réduire. A titre personnel, je dors mieux, je suis moins stressé, ils m’arrivaient de trembler un peu plus après la quatrième tasse de café, ce n’est plus le cas. Et par-dessus tout, comme je suis moins dépendent au café, quand j’ai besoin d’un bon coup de fouet je prends une grande tasse et les effets sont décuplés.

La sobriété est considérée comme un vilain mot boudé par les politiques (souvent plutôt à droite) ou les médias car c’est synonyme d’un retour à la lampe à huile. Mais suis-je malheureux ? Non bien au contraire, je me suis sorti d’une dépendance qu’on dénonce assez peu. Et entre nous, je préfère être sevré avant qu’on m’y oblige. Je préfère assurer ma propre bifurcation avant d’y être contraint par exemple par : un réchauffement climatique qui va diminuer les rendements de production du café, une crise d’approvisionnement lié à de nouvelles crises sanitaires ou géopolitiques.

Adoptez la sobriété vous n’avez rien à y perdre à part un mode de vie qui n’a plus lieu d’être. Commencez par quelque chose de facile comme votre consommation de café et visez ensuite plus grand (rapport à la voiture, à l’avion, aux fortes température dans votre appartement, etc.). Bon courage dans votre quête de sobriété.

Merci de m’avoir lu jusqu’au bout, merci comme toujours de votre bienveillance et de votre soutien. J’espère que cet article vous a plu. Je me passionne par ces calculs d’impacts carbone un peu fastidieux mais très instructifs et j’espère que cette découverte de l’envers du décor vous a plu. N’hésitez surtout pas à commenter cet article pour poser vos questions ou pour étoffer mes propos. Un immense merci à PM qui a fait une relecture critique de cet article et a réalisé une infographie !

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Un avis sur « Calcul de l’impact carbone du café  »

  1. L’article sur « Ma Petite Planète »‘ m’avait motivée à participer, et même à monter ma propre ligue. Celui-ci, que j’ai lu en buvant mon café matinal (oups) est encore une fois très agréable à lire, enrichissant sans être barbant et très bien documenté. J’avais plutôt bien réussi le défi « pas de café, pas de chocolat », prise dans l’émulation du jeu. Du coup, je m’interroge fortement sur ma capacité à me passer de ma deuxième tasse de café, celle d’après le déjeuner… Allez, je vais le tenter !

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