Repenser la qualité et la provenance de son alimentation

Cette article a été initié après la vidéo réalisée par Max Bird en partenariat avec le mouvement Pour une autre PAC que vous trouverez ici.

Je souhaite vous parler d’alimentation. Pour cette fois, je ne vais pas vraiment m’attarder sur sa forme (véganisme, végétarisme, flexitarisme, …) mais plutôt sur sa qualité et du système dont elle découle. Pour ça, on va parler de la Politique Agricole Commune (PAC).

Je vous propose de la faire dès le début comme ça, j’ai plus ce poids sur les épaules.
Cet article parle de militer pour une autre PAC, de créer la PAC 2.0 (… vous la sentez venir ?). Mais attention cela n’a rien à voir avec le fait de partir à la recherche de l’île déserte ou 2Pac et Michael Jackson sont partis se cacher ! (voilà voilà, j’ai pas dit que c’était drôle, j’ai juste dit que ça me pesait sur les épaules). Bref…

Pourquoi parler d’alimentation ?

Pourquoi, selon moi, s’intéresser à notre alimentation et à la PAC (entre autre) c’est capital :

  • On passe environ 10% par jour à se nourrir, c’est déjà pas mal (environ 1 mois par an). Mais l’énergie qui nous permet d’effectuer des tâches le reste du temps vient à 100% de notre alimentation. Cela impact notre humeur, notre santé, notre énergie. Alors pourquoi est-ce qu’on s’en désintéresse ?
  • En 2015, l’INSEE avait mené une étude autour de notre consommation alimentaire (lien) [Si vous avez quelque chose de plus récent je suis preneur]. Résultat : en 1965, 35% de notre budget était consacré à notre alimentation vs 20% en 2014. On a perdu le plaisir de manger et de bien manger, on ne prend plus le temps et donc quand on commence à parler portefeuille on préfère dépenser dans d’autres biens que pour notre alimentation. Pour ceux qui ont essayé de planter quelques fruits et légumes pendant le confinement, vous avez vu à quel point c’est fastidieux ? Pas étonnant qu’une tomate travaillée correctement et dans le respect de la nature coûte 3.0 €/kg (pour relativiser, à Darmstadt, dans notre ferme cela varie entre 6.5 – 8.0 €/kg) alors qu’elle coûte 1.5 €/kg dans une grand surface. Ce n’est pas le BIO qui coûte cher c’est la grande distribution qui est honteusement peu cher. Alors à l’avenir quand vous vous justifierez pour ne pas regarder la qualité de vos produits ne dites plus « le BIO c’est cher » MAIS « je préfère dépenser mon argent autrement que dans mon alimentation » (et c’est vôtre droit – mais prenez vos responsabilités).
  • En France, l’agriculture c’est 19,4 % des émissions de gaz à effet de serre. C’est le deuxième secteur le plus émetteur derrière les transports (30,8%) (extrait du rapport 2020 de l’HCC). Il faut donc fortement s’intéresser à ce secteur si on souhaite encore atteindre les recommandations du GIEC pour éviter les +2°C. L’agriculture intensive entraîne la baisse de diversité et elle impacte également la qualité de nos eaux. Mais attention la production et la consommation sont intimement liées. Une production irraisonnée découle d’une consommation irraisonnée. Nous sommes donc tout autant responsable que les agricultrices (-teurs).
  • Enfin, la PAC cela représente 36% (pour 2020) du budget totale de l’Union Européenne et la France est le premier pays de l’UE à en profiter. Donc je sais pas vous mais moi, quand la France reçoit 63 milliards de l’UE j’aime bien savoir qu’elle s’en sert correctement.

La PAC : fonctionnement & dysfonctionnements

Parlons de la PAC maintenant. C’est la politique de l’Union européenne dédiée à l’agriculture et au développement rural. Elle vient en aide aux agricultrices (-teurs) dans leur travail annuel. Elle leur donne des subventions pour qu’ils fassent bien leur métier et qu’ils nourrissent l’intégralité des Européens. Initialement, l’idée est donc tout à fait louable.

Pour ce qui est de la France, vous pouvez retrouver la liste des bénéficiaires de la PAC ici.

Alors quel est le problème ? C’est simple, la PAC distribue ces subventions à partir de critères qui sont, comment dire…? Tout à fait en contradiction avec le bien-être des citoyens Européens (qui indirectement sont ceux qui remplissent les caisses de l’UE et donc de la PAC). Pour suivre mon raisonnement il faut qu’on soit d’accord sur ce qu’on entend par une alimentation en faveur du bien-être des citoyens Européens. Le bon sens me pousse à formuler la chose suivante : je souhaite manger des choses bonnes pour ma santé, pour son juste prix et cela, sur le long terme. Exit donc les pesticides qui ont une influence controversée sur la santé humaine et celle de nos sols. Ainsi, la PAC devrait inciter le développement de l’agriculture biologique, de l’agroécologie.

C’est bien mignon mais avec la population qui augmente, il faut produire toujours plus de nourriture et l’agroécologie pour planter trois carottes quand on s’ennuie en période de confinement, c’est sympa mais pas pour nourrir tous les Européens ! Afin d’écarter ce genre de propos, je vous renvoie vers les résultats du projet TYFA (Ten Years for Agroecology in Europe) mené à l’institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI). Leurs résultats ont été publiés en 2018 (le rapport de 74 pages) (un résumé). Pour faire court, entre 2010 et 2050, en adoptant un régime alimentaire sain (sans pour autant arrêter complétement la viande et sans pour autant renoncer à des produits culturels comme le vin) on peut réduire de 35 % la production alimentaire de l’Europe. On sera ainsi capable de nourrir 530 Millions d’Européens sans problème avec un modèle d’agroécologie. Au passage on réduirait aussi les émissions de gaz à effet de serre d’environ 40% du secteur agricole. Autrement dit, faire de l’agroécologie à l’échelle de l’Europe, c’est possible il faut juste le vouloir et s’y mettre.

Maintenant qu’on a éliminé les sceptiques (c’est une image hein…), reparlons de la PAC. Elle devrait donc tendre vers un modèle où la terre, essentielle à l’agriculture, les agricultrices (-teurs) qui la travaillent et les consommateurs sont respectés.

Bon sauf que la PAC ça fonctionne pas du tout comme ça. La PAC se subdivise en deux pilliers : le paiement direct des agriculteurs et le développement rural. Le premier piller c’est 70% du budget, le second c’est 24% et le reste c’est une sorte d’enveloppe (en cas de coup dur).
Le paiement direct c’est tout simplement des sous donnés aux agricultrices (-teurs) en complément des bénéfices de la vente de leurs produits. Sauf que cette enveloppe n’est pas allouée en fonction de la qualité des produits, ou du respect de l’environnement / des animaux MAIS à la taille de son exploitation, au nombre de m2 et à sa productivité. La PAC récompense la QUANTITE et non la QUALITE. [C’était l’idée la plus importante de l’article, tout est partis de cette information]. Résultat 80% des aides reviennent à 20% des exploitants et devinez quoi, c’est plutôt ceux qui font de l’agriculture intensive.
Le second pilier – le développement rural – à six priorités dont : « restaurer, préserver et renforcer les écosystèmes tributaires de l’agriculture et de la foresterie », « promouvoir l’utilisation efficace des ressources et soutenir la transition vers une économie à faibles émissions de CO2 et résiliente aux changements climatiques dans les secteurs agricole, alimentaire et forestier » et « améliorer la compétitivité de tous les types d’agriculture et renforcer la viabilité des exploitations agricoles ». Alors oui, c’est bien on a mis un peu d’écologie MAIS on continue de nous parler de compétitivité. Produire toujours produire. Surtout que lors de la dernière réforme de la PAC (entrée en vigueur en 2015), le budget de ce pilier a été diminué de 8% (source).

En 2014 on a parlé du verdissement de la PAC parce que 30% des paiements directs (1er pilier) doivent être liés à des pratiques agricoles bénéfiques pour l’agriculture et parce que 30% du budget du 2nd pilier doivent être alloués à des mesures agro-environnementales. Mais ce n’est pas suffisant, il faut aller encore plus loin ! C’est pour ça que que le mouvement Pour une autre PAC s’est lancé. La prochaine réforme de la PAC doit entrer en vigueur au 1er janvier 2021 et actuellement les propositions pour cette nouvelle PAC « constitue une évolution mais pas une révolution ». Or quand notre monde, notre société, notre politique agricole est malade, on s’attend à un peu plus qu’une simple évolution. Il est donc temps de militer, de soutenir des mouvements tels que Pour une autre PAC.

On fait quoi ?

A titre d’exemple, ce matin j’ai interpellé les quatre eurodéputés Français en leur envoyant un e-mail (Véronique Trillet-Lenoir, Pascal Canfin, Stéphane Séjourné, Dacian Ciolos) pour leur demander de mener une réforme juste pour les agricultrices (-teurs) et ambitieuses vis-à-vis des crises climatiques auxquelles nous faisons face. Vous pouvez retrouver toutes les informations ici (n’hésitez pas à personnaliser votre message, cela aura toujours plus d’impact).
Vous pouvez aussi participer aux débats public imPACtons (qui prend fin le 31/10/2020). Cela a notamment débouché sur une Assemblée Citoyenne sur l’Agriculture de 2 jours, réunissant 125 citoyen-ne-s tiré-e-s au sort. Quelques unes de leurs propositions : décorréler les aides avec la surface des fermes, encourager les circuits courts, conditionner les aides à des exigences environnementales.
De manière plus générale Faustine Bas-Defossez dans un podcast (où elle parle de la PAC justement) incite les citoyens à suivre les votes et les prises de décisions de nos députés Européens. Ils sont représentants du peuple et ils ne doivent donc pas être laissés en complète autonomie. Elle conseille pour cela cette plateforme (en Anglais) : https://www.votewatch.eu/.

Enfin, à l’échelle individuelle, il faut délaisser la grande distribution et autres intermédiaires pour s’approvisionner directement chez le producteur. Pourquoi est-ce que la PAC joue un si grand rôle ? Parce que comme les agricultrices (-teurs) ne gagnent plus suffisamment d’argent avec la vente de leurs produits (et ça c’est clairement de notre faute et de notre société de consommation), ils font tout pour maximiser les aides de la PAC (grande surface & compétitivité qui ne riment pas avec qualité et respect de l’environnement).

Merci de m’avoir lu jusqu’au bout !

Sources & informations supplémentaires :

Max Bird – Idée Reçue #52 – tout est la faute du consommateur
Site internet de la Commission Européenne
Site internet de CAPEye, une cellule de veille et de formation sur la PAC.
Site internet du Think Tank IDDRI
Podcast Agoragro avec Faustine Bas-Defossez qui travaille dans les groupes européens sur la question de l’agriculture. [J’ai aussi noté cette petite info qui m’a titillé : Certains membres de la commission qui décident de la répartitions des aides de la PAC sont parfois eux-mêmes (ou leurs proches) des bénéficiaires de la PAC]
Les rapports du Haut Conseil pour le Climat un groupe de 13 experts « chargé d’apporter un éclairage indépendant sur la politique du Gouvernement en matière de climat ».
Le mouvement Pour une autre PAC
Le débat public imPACtons
Si vous souhaitez creuser un peu plus la question de l’alimentation, vous pouvez (re-)regarder la série d’échanges « Les Assiettes du Futur, pour une agriculture de résilience« , 15 heures de live sur 5 jours, co-animés par Lucie Lucas et Maxime de Rostolan avec 35 invités.

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